N° 2 Janvier 1986

A PROPOS DES NOMS DES RUES OU PLACES DE LERE


Dans le précédent bulletin, nous nous sommes occupés des rues et des places portant le nom d'hommes ou de femmes nés à Léré ou y ayant longtemps vécu.

Aujourd'hui, nous nous intéresserons aux autres appellations.

Rejetant l'ordre alphabétique, nous commenceront par la Rue de Wittelsheim. Il est juste, en effet, que soit à l'honneur, en 1986, cette ville du Haut-Rhin qui devint, il y a quarante ans, la filleule du Département du Cher. Elle avait terriblement souffert de la guerre.

Ce même conflit entraîna, pour Léré, un sauvage bombardement que rappelle le nom de la Rue du 16 Juin 1940.

Une autre guerre, beaucoup plus lointaine, amena à Léré, sous le 1er Empire, des prisonniers espagnols, originaires, pour la plupart, delà région de Fontarabie. Ils furent logés dans des locaux de la rue dite, à la suite d'une déformation, du Pontarabic.

Des combats de jadis sont encore évoqués par le nom du Chemin des Remparts. A l'intérieur de ceux-ci s'abritait le territoire desservi parla Rue de la Collégiale Saint-Martin, tandis qu'à l'extérieur, s'étendaient les divers Faubourgs. Seule continue à porter ce nom, au pluriel, la voie appelée autrefois Rue du Faubourg de Savigny.

Abordons un domaine plus pacifique avec la Rue du Crot Pigeon. En Berry, un crot, c'est une petite mare. On dit, d'ailleurs, aussi, un trou, et il existe, dans le Val, un Trou à la Fileuse, ainsi "baptisé", selon la légende, en souvenir d'une femme qui refusa d'accompagner ses voisines à la messe de minuit, afin de pouvoir filer plus longtemps. Or, sa maison s'engloutit dans la mare, entraînant l'avaricieuse, qui doit filer éternellement.

Autre légende, à propos de la Rue Creuse. On racontait autrefois qu'au cours de la messe des Rameaux, la terre s'y entrouvrait au moment où le prêtre frappait pour la première fois la porte de l'église avec la hampe de la croix processionnelle. On pouvait alors descendre dans le gouffre qui abritait un trésor. Mais malheur à celui qui n'était pas remonté quand l'officiant "tapait" pour la troisième et dernière fois, car il resterait emprisonné durant... au moins un an !

La Rue de la Judelle évoque ce charmant petit affluent de la Loire.

La Grande Rue doit évidemment son nom à son importance traditionnelle.

Celle des Grandes Chenevières rappelle le temps de la culture du chanvre à Léré. D'où jusqu'à la fin du siècle dernier, la présence de plusieurs tisserands dans notre ville.

Beaucoup plus ancienne (ici nous remontons à la Préhistoire !) fut l'activité de nos très lointains ancêtres qui fabriquaient des armes et des outils de pierre. Et pourtant, leur souvenir survit dans le nom de la Rue du Pierrefi.

LES DEUX MAIRIES DE LERE


A Léré, beaucoup de choses vont par deux, puisque nous avons, à la fois, l'ancienne et la nouvelle Mairie, l'ancien et le nouveau cimetière, l'ancienne et la nouvelle église.

Précisons d'ailleurs, que, si on enterre encore dans les concessions de l'ancien cimetière, on ne célèbre plus le culte dans l'ancienne église, laquelle, paradoxalement, avait été construite après la nouvelle. Mais notre collégiale Saint-Martin, réservée jadis à l'usage des seuls chanoines, l'a remplacée pour le service de la paroisse.

Revenons aux Mairies.

Accueillant, sans cesse modernisé, notre Hôtel de Ville a fière allure, avec ses hauts pignons pointus et ses magnifiques lucarnes Renaissance. Aussi bien s'agit-il d'un important bâtiment, acquis par la commune en 1925. Il avait appartenu à la famille de La Barre, de Villatte, puis été acheté, au XIXe siècle, par Monsieur GADOIN, dont le fils devait devenir Maire et Conseiller Général de Léré.

Ce fils mourut, jeune encore, en 1877, mais son épouse lui survécut près de cinquante ans, dans cette demeure où, assure la tradition, aurait séjourné Agnès SOREL, la célèbre favorite du roi Charles VII.

Quant à l'ancienne mairie (qui est, après transformation, devenue notre presbytère), elle occupait, jusqu'en 1925, les locaux qui avaient servi, durant la Révolution, de salles de réunion au "Comité Révolutionnaire de Surveillance" et à la "Société Populaire Régénérée et Montagnarde".

On y avait ensuite installé le "violon municipal", distinct de la prison de la Gendarmerie ; cependant, ce "violon" était en si triste état, que, d'après les plaintes des geôliers, on s'en évadait avec une redoutable facilité.

Or, dans sa séance du 03 Août 1816, le Conseil Municipal de Léré (on ne sait pas dans quel local se tint cette séance), où siégeaient Messieurs DELAGOGUE, Maire, AMIOT, Adjoint, GENDRON, ROMILLAT, JAMET, COPINEAU, CHARTENET, CHARPIGNON, SABATHIER, ITHIER, SIMONET et MAILLET, décida de faire exécuter de gros travaux dans cette maison, déjà propriété de la commune. On construirait une grande salle pour la tenue du conseil et la célébration des mariages, et une autre pour les audiences de la Justice de Paix. Était également prévu un Secrétariat assez vaste pour abriter, dans de bonnes conditions, les archives municipales et les minutes de la Justice.

En outre, on consoliderait -enfin !- les murs de la prison, et on aménagerait l'escalier, ainsi que les logements destinés au concierge et au geôlier.

Nous possédons les noms des artisans qui exécutèrent ces travaux.
Deux d'entre eux, le menuisier COPINEAU et le serrurier JAMET, étaient donc conseillers municipaux.

Participèrent également à l'ouvrage Jean DURAND, maçon, et ALLIOT, peintre, la plomberie ayant été confiée au cosnois GOURRE.

Le délai d'achèvement fut un peu dépassé, parce que, selon les explications fournies par DELAGOGUE au conseil, "une réparation en avait nécessité une autre, des difficultés imprévues avaient été rencontrées".

Oui, le bâtiment devait être en bien piteux état, et, comme celui des finances municipales ne valait pas mieux, il manquait 399 Francs (or) au moment de payer les artisans.

D'autre part, en 1816, le mobilier communal se réduisait à une vieille table, si bien que le maire demanda à chaque conseiller d'avancer la somme de cinq francs pour l'achat du "strict indispensable". Celui-ci consistait en quelques chaises, un encrier, une paire de mouchettes et deux flambeaux, le prix de l'ensemble devant atteindre une soixantaine de francs.

Émus par la situation, les élus s'exécutèrent.

D'ailleurs, les finances léréennes s'améliorèrent assez rapidement, et nos conseillers furent remboursés en septembre 1820.

Et puis, on continua à s'équiper. Certes, l'ancienne mairie n'a jamais eu l'allure de sa remplaçante, mais les vieux habitants de Léré ne me démentiront pas, si j'affirme qu'elle offrait un agréable spectacle, quand on la décorait, à l'occasion du Comice Agricole, ou de la Fête Nationale.

Tout particulièrement, mes yeux d'enfant s'attachaient volontiers aux "petits verres" remplis d'une huile où flottaient des mèches allumées, dont le demi-cercle illuminait, le soir, l'arrondi supérieur de la principale porte d'entrée.

... Allons ! Ce sont là de bien lointains souvenirs, et la plupart de nos concitoyens d'aujourd'hui n'auront connu que la "nouvelle mairie", si largement ouverte sur l'extérieur, alors que de très hauts murs la séparaient de la rue, au temps où elle appartenait à la famille Gadoin.

Jean MELLOT
Maire-Adjoint de LERE
Membre de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Berry
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