N° 3 Janvier 1987

QUAND JACQUES MARTEL "CHANTAIT" LERE


Resté passionnément attaché à son LERE natal, notre compatriote, le poète-chansonnier berrichon et montmartrois Jacques MARTEL (1877-1941) l'a célébré dans un de ses plus beaux textes, "La Chanson de mon Pays" dont voici quelques extraits :

"De tous les vieux airs dont mon cœur
Aime à subir l'étrange charme,
Il en est un dont la douceur
Amène à mes yeux une larme...
Le musique en est, à la fois,
Simple et profondément touchante
Il me semble que, par sa voix,
J'entends ma jeunesse qui chante...

... Le rythme n'en est pas savant,
Mais les notes en sont légères,
Car je la crois faite du vent
Qui vient caresser les fougères...
Elle a, pour couplets, les frissons
Qui rident la Loire endormie,
A l'heure où, le long des buissons,
Le berger suit sa gente amie...

... Et tous ces beaux airs d'autrefois
Font, dans mon rêve solitaire,
Une harmonie où je revois
Fleurir ma vieille et bonne terre...
Aussi, quand je mourrai, là-bas,
Que de moi nul ne s'importune...
Il suffit, pour tinter mon glas,
Des rainettes du clair de lune...

C'est la chanson de mon Pays !
Et je souhaite, qu'à l'entendre,
Se taisent, soudain recueillis,
Tous ceux qui n'ont pas su comprendre...


A LERE EN 1887, D'APRES DIVERSES SOURCES OFFICIELLES


Il ne s'agit pas ici de brosser un tableau complet de la vie à LERE, il y a un siècle, mais d'en évoquer quelques aspects intéressants, d'après divers documents officiels. Ce sont principalement les registres de l'État Civil, celui des délibérations du Conseil Municipal, et le Recueil des Actes Administratifs publié par la Préfecture du Cher.

Dans notre petite ville, le déclin démographique a commencé. Au recensement de 1886, on n'a plus enregistré que 1.664 habitants (dont 862 agglomérés), le maximum ayant été atteint en 1870, où l'on en comptait 1.690. Mais la natalité reste forte, puisque 31 enfants voient le jour chez nous en 1887. Signalons pourtant que l'un d'entre eux s'éloignera bientôt, car c'est la fille d'un marinier de passage. Un autre, au contraire, tiendra une place particulièrement importante dans notre commune : Charles MAUDRY, dont une de nos rues porte le nom. Il fut, en effet, conseiller municipal et conseiller général.

On relève aussi la naissance de la fille de l'Agent Voyer Léréen. Ce genre de fonctionnaires, qualifiés maintenant d'"Ingénieurs du Service Vicinal", n'existe plus depuis longtemps dans notre Canton.

Au registre des mariages figurent 11 unions, dont celle d'Adrien LEGER, qui deviendra Maire de LERE et président de plusieurs associations locales. Or, à propos de ces mariages, trois remarques s'imposent :

La première concerne l'heure à laquelle les futurs époux se présentèrent à la Mairie :
  • 8 Heures dans trois cas
  • 9 Heures dans un cas
  • 18 Heures dans trois cas
  • 19 Heures dans un cas
  • 20 Heures dans deux cas et
  • 21 Heures dans un cas

Nous voila très loin de nos habitudes actuelles, et l'on peut penser que, dans les familles modestes, on venait aussi tardivement pour permettre aux invités (voire aux mariés) de gagner le salaire de leur journée de travail, avant de participer aux festivités. (1)

La deuxième remarque se rapporte aux contrats de mariage. On en établissait alors presque toujours, même chez les gens sans grandes ressources, et c'est l'occasion, pour nous, de constater que LERE, en 1887, possédait deux études de notaire : celles de Maître BUCHET et de Maître HERPIN, que remplacera, dans le cours de l'année, Maître BILLETOU.
Quant à la troisième et dernière remarque, elle a trait au développement de l'instruction primaire. La loi sur l'enseignement obligatoire ne datait que de quelques années, et au moment des mariages, étaient requises les signatures des conjoints, de leurs pères et mères (si les nouveaux époux avaient moins de 25 ans) et de quatre témoins. Eh! bien, dans l'un seulement des onze cas, tout le monde sait signer. Dans deux autres, l'épouse figure parmi les illettrés, et, dans un autre encore ce sont les deux mariés qui s'avèrent incapables de tenir un porte-plume. Cependant, la scolarisation progressait, et les "nouveaux beaux-parents" constituent la catégorie la mieux représentée des "ne sachant pas signer".

Passons aux décès. Il y en eut 35 (un peu plus, donc -déjà!- que de naissances), dont 15 de personnes âgées de moins de 50 ans. Le plus vieux des défunts avait 87 ans, et le plus jeune, 24 jours. Comme pour les naissances, on trouve quelqu'un dont la famille n'est pas de LERE : un mendiant, venu de la Somme et mort, par hasard, dans notre cité, où il était de passage. Il avait 50 ans.

Dans ces différents actes sont mentionnés les professions de nombreuses personnes : parents des nouveau-nés, des mariés et des défunts ; mariés eux-mêmes ; témoins (2 pour les naissances et les décès ; 4, comme je l'ai indiqué, pour les mariages). Et cela permet de relever des métiers disparus à LERE depuis plus ou moins longtemps ou ayant changé de nom : ceux de sabotier, meunier, filateur, tisserand, perruquier, ménétrier, sacristain, agent voyer (voir plus haut). Les cultivateurs propriétaires de la terre qu'ils exploitent eux-mêmes sont dits "laboureurs", au sens ancien du terme, tel que l'emploie La Fontaine dans une fable célèbre. Et on trouve même une fois l'expression pléonastique "laboureur-propriétaire".

Cependant, si à l'occasion des mariages, les témoins sont presque toujours des membres de chacune des deux familles ou des amis, pour les naissances et les décès reviennent très souvent certains noms. En particulier, celui du garde champêtre, Henri CODON, qui, en 1887, fut témoin dans 13 déclarations de naissance, 2 mariages et
16 déclarations de décès. Il joua, d'ailleurs, ce rôle à bien d'autres reprises, car, entré en fonctions en 1878, il resta au service delà commune jusqu'en 1925, ayant donc contribué à assurer l'ordre dans LERE pendant plus de 47 ans !

Revient souvent, lui aussi, sur la liste des témoins, le "perruquier" BREUZE, dont on trouve le nom, en 1887, dans 11 actes de naissance, 2 mariages et 3 de décès. La troisième place appartient à l'instituteur Jean PAQUET, qui "marqua" profondément ses élèves, parmi lesquels ont bénéficié de ses inoubliables leçons le poète- chansonnier Jacques MARTEL, le maire et conseiller général Achille LAFORGE, l'historien Arsène MELLOT.

Deuxième source de renseignements : le registre des délibérations du Conseil Municipal.

Celui qui siège en 1887 a été élu en 1884 et comprend 16 membres. Le Maire, François CHAPEAU, l'a emporté par 8 voix contre 7 (et 1 bulletin blanc) sur le sortant BEDU (qui, en 1880, était devenu, en outre, Président de la Lyre Léréenne et de la Confrérie de Saint-Eloi, fondées cette année là).


Or, en 1888,CHAPEAU perdra sa place dans des conditions curieusement symétriques : HOUARD, 8 voix, CHAPEAU, 7. Mais il redeviendra Maire en 1901, et Patient HOUARD, après une longue interruption, le redeviendra, lui aussi, en 1908, succédant une seconde fois à CHAPEAU. Chose étonnante, RIX, PINON et COQUILLAT qui siègent également au Conseil Municipal en 1887, deviendront également, pour plus ou moins longtemps, Maires de LERE. (2)

En cette année 1887, notre Conseil prend, évidemment, des décisions. Plusieurs d'entre elles, concernant les foires, nous apprennent que celles-ci se tenaient alors le jeudi-gras, les 13 Mai, 9 Juin, 25 Septembre et 12 Novembre. (Depuis 1874, le "marché aux volailles et menues denrées" avait lieu le vendredi de chaque semaine et non plus le lundi). D'autre part, la cessation de l'activité du bac de la Madeleine entraîne des tractations avec la commune de LA CELLE, et, dans un domaine bien différent, le 21 Mai, l'Assemblée Municipale vote la somme de 10 Francs pour la réparation du lit communal, que l'on gardait, à la Mairie, à la disposition des gens empêchés momentanément de coucher ailleurs !

Mais nous retiendrons surtout ce qui concerne la création de la fête de la Mi-carême, appelée au bel avenir que l'on sait. Elle avait été décidée, par 11 voix sur 12 votants, le 30 Mai 1886, sur la proposition du conseiller Patient-Sulpice ROBERT, boucher-aubergiste à l'enseigne de la "Croix Blanche", mais les choses traînèrent en longueur. C'est donc seulement le 12 Mars 1887 que François CHAPEAU prit un arrêté stipulant, entre autres mesures : "Cette assemblée se tiendra chaque année, le dimanche de la Mi-carême, sur la place de la Ville, comme celles du lundi de Pentecôte et du dimanche d'avant la Toussaint, de 8 Heures du matin à 6 Heures du soir". Et, dès le
18 Mars, "vu l'urgence", le Préfet du Cher approuvait cet arrêté.

... A plusieurs reprises, j'ai évoqué le conseiller général du canton de LERE. En 1887, c'est le Marquis de VOGUE. Il aura pour successeur le Docteur RAVIER, de Savigny, puis CHAPEAU lui-même. Mais auparavant (à partir de 1895) CHAPEAU aura été conseiller d'arrondissement. Dans le cadre de cette division administrative, les élus des divers cantons se réunissaient plusieurs fois par an (à Bourges, Sancerre ou Saint-Amand-Montrond, pour le Cher) afin de donner leur avis sur des questions intéressant la vie des habitants. Le Conseil d'Arrondissement ne survivra pas à la chute de la IIIe République. Son représentant, pour le canton de LERE, en 1887 s'appelait REGNARD et demeurait à BELLEVILLE.

Du Recueil des Actes Administratifs de la Préfecture, j'ai tiré beaucoup moins de renseignements. Voici pourtant, d'abord, une information qui concernait les Léréens comme tous les habitants du Cher et qui nous montre combien les conditions d'existence ont changé, depuis un siècle : les grandes vacances scolaires furent rivées, le 23 Juin 1887, par le Préfet BERNIQUET, à la période s'étendant du Mardi matin 16 Août au Samedi matin 01 Octobre !

Et puis, dans le "Tableau des Personnels de Santé", on y apprend qu'à LERE, la médecine est pratiquée par le Docteur Émile-Benoni MANCEAU, né dans noire commune le 09 Juin 1837. Il appartenait une famille nombreuse, qui joua, chez nous, un grand rôle.
C'est ainsi, par exemple, que son père, Basile MANCEAU, qui fut très longtemps membre du Conseil Municipal et du Bureau de Bienfaisance, avait exercé, en 1848, les fonctions de capitaine de notre Garde Nationale, puis pris le commandement de notre corps de Sapeurs-pompiers, à sa création, en 1864. Une des sœurs du Docteur MANCEAU épousa l'instituteur Jean PAQUET, évoqué plus haut, et l'aîné de ses frères, prêtre, avant de revenir, en retraite, à LERE, au terme d'une longue carrière sacerdotale, et de rassembler, sur l'Histoire de notre ville une intéressante documentation, avait, comme curé de SURY-es-BOIS, donné la bénédiction nuptiale à la future grand-mère de l'auteur du Grand Meaulnes, Alain FOURNIER.

Ni pharmacien, ni dentiste, ni vétérinaire à LERE en 1887. Mais, dans ce même "Tableau", figure une sage-femme de 1ère classe, Rose-Honorine DERBIER, que les plus âgés de mes compatriotes ont bien connue sous le nom de "Madame GUILLAUMAT" et l'affectueux surnom de "Norine". Née dans la commune le25 Mai 1860, elle passa ses examens à Montpellier dès le19 Juillet 1880, puis revint chez nous, où elle devait exercer sa profession jusqu'en 1940, c'est-à-dire pendant soixante ans !

Au terme de cet article, je donnerai deux indications :

A) l'Histoire de LERE, dont on me demande souvent des exemplaires, est épuisée sous sa forme ancienne, mais elle va être prochainement rééditée, avec d'importants compléments.

B) pour faire suite à mes articles concernant les noms des rues ou places de LERE, parus dans les numéros 1 et 2 du Léréen, je prépare une étude sur les lieux-dits de notre commune, qui sera publiée dans le numéro 4. Le sujet est passionnant, mais difficile, et nécessite de longues recherches.

Jean MELLOT
Maire-Adjoint de LERE
Membre de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Berry et du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques du Ministère de l'Éducation Nationale.



(1) remarquons qu'il s'agissait de l'heure solaire, et qu'on ne disait pas alors "21 Heures", mais "9 Heures du soir".

(2) quand il était devenu Maire, en 1884, François CHAPEAU avait dû choisir entre cette fonction et celle de sous-lieutenant de notre corps de Sapeurs-pompiers, qu'il commandait depuis 1878. Il avait donc opté pour "l'écharpe" plutôt que de conserver le "galon".

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