N° 5 Janvier 1989

DANS LE CADRE DU "BICENTENAIRE"...


LES DEBUTS, A LERE, DE LA REVOLUTION DE 1789

A la suite de la publication récente de mes Pages d'Histoire de LERE et de son Canton, beaucoup de personnes ont exprimé le désir de se procurer l'Histoire de LERE d'Arsène MELLOT, qui se terminait à l'année 1848. Ce dernier livre est épuisé. Mais, grâce à mon exemplaire personnel, je vais reproduire ici celles de ses pages qui relatent les débuts de la Révolution de 1789 dans notre commune.

APRES LA CONVOCATION DES ETATS GENERAUX

"Lorsque les États Généraux se réunirent à Versailles, le 05 Mai 1789, tout était à la joie et à l'espérance dans la France entière. On était las de souffrir de tant d'abus iniques et sans cesse croissants, et de tous les rangs non privilégiés de la Société, on aspirait à des réformes jugées indispensables.

La ville de LERE ne voulut pas être en arrière dans ce mouvement d'enthousiasme qui soulevait les Français. Lorsqu'on apprit la prise de la Bastille, la municipalité -(Monsieur. Charles DELAGOGUE, Avocat(sic) en Parlement, était alors "bailli, juge magistrat civil, criminel et de police de la justice, ville et paroisse de Léré en Berry")-organisa une fête patriotique et inaugura la création d'une Garde Nationale dont Monsieur de La Barre de Villattes, ancien officier, fut nommé commandant.

A cette occasion, il y eut une dépense de 24 Livres 15 sols, 6 deniers pour achat de poudre, plomb, bourre, papier, chandelle, dépense couverte par une quête qui produisit 17 livres, 6 sols et par la commune qui fournit le reste.

On planta un "Arbre de la Liberté", l'orme (maintenant disparu) de la Place, à vingt mètres du vieil orme qui existait depuis le temps de Sully et dont le tronc décrépit fut enlevé en 1833.

En même temps que de l'espoir, il y eut bientôt aussi de la crainte dans les esprits. Une note consignée en fin d'année par Monsieur BOUILLOUX, curé de LERE, nous montre comment on envisageait les conséquences des événements qui s'étaient précipités depuis le 05 Mai -les 20 Juin, 14 Juillet, 04 Août, 5 et 6 Octobre 1789-

"... On ne l'oubliera de longtemps... La rigueur du froid, au commencement de l'année, les grandes crues de la Loire à trois différentes fois, l'excessive disette causée par des pluies continuelles depuis la mi-janvier jusqu'au mois d'Octobre, augmentée par l'accaparement des blés occasionné par la tenue des États Généraux tant et si mal à propos (sic) désirés, les révoltes, les incendies, les meurtres, voilà les effets d'une nouvelle constitution qu'on a voulu donnera la France. Les conspirations, les complots ont procuré l'exil et le bannissement des princes, la destruction des grands, l'abolition des droits féodaux, la suppression des dîmes ecclésiastiques, l'oppression du Clergé, l'invasion des biens de l'Église, la destruction des moines et des chapitres, un changement entier dans les finances, dans la gabelle, dans le gouvernement civil, militaire et politique. La création des municipalités, des départements, des districts, des cantons, la vénalité du sel, la justice rendue gratuitement, les places dans l'Église et l'État accordées au mérite et non à l'argent ni à la faveur, l'avilissement du trône, mais le despotisme ruiné, l'aristocratie éteinte, l'arbitraire étouffé, le soulagement du peuple, la contribution aux impôts également supportée par tous et un chacun indifféremment, la distinction d'ordre, la liberté, rendue : voilà les productions de la nouvelle constitution.

Ainsi la postérité citera 1789 comme une année fertile en bons et mauvais événements : mauvais pour ceux qui, en changeant de gouvernement, y ont trouvé la perte de leurs biens, leur fortune et leur état ; bons, au contraire, pour ceux qui, amis de la nouvelle administration, admireront et exalteront le renversement du colosse de la tyrannie, la Bastille..."

A la fin de 1790, il résumait ainsi ses impressions sur les événements qui s'étaient produits :

"... Il y a bien du bouleversement dans l'État cette année. Louis XVI a perdu les plus beaux fleurons de sa couronne. La noblesse a été abolie. Le clergé a perdu son lustre, son éclat, son existence. Ses biens ont été déclarés appartenir à la Nation. Il a été salarié. La dîme a été payée pour la dernière fois, mais au profit de la Nation. Les troubles, les meurtres, ont été les précurseurs de ces changements. Les discussions, les haines, les inimitiés, les vengeances, les délations en ont été les suites.

La religion s'est affaiblie dans les uns et éteinte dans les autres. Bref, tout en a souffert, la justice, les finances, le militaire, le commerce, les études, les sciences. Les gazetiers et les imprimeurs en ont retiré -tout le profit..."

En 1791, dans sa dernière note, il consigna :

"La 3e année de la Révolution a opéré en ce lieu la destruction du chapitre qui a eu lieu par l'apposition des scellés sur l'église dans le courant de Janvier ; par l'enlèvement des titres et ornements le 05 Août ; par la descente et le transport des cloches au mois de Décembre. Il n'est resté pour l'église paroissiale que 3 chapes,2 chasubles de couleur blanche, une chasuble noire, un drap mortuaire et 2 dalmatiques violettes, la relique de Sainte Félicité et le bâton de chantre..."

Il paraît que, aucun habitant de LERE n'ayant voulu accepter de briser les cloches après leur descente, ce fut un ouvrier carrier- étranger à la localité- qui en fut chargé.

Le 31 Août 1791, Monsieur Pierre-Louis-André SABATHIER, de LERE, fut élu l'un des Députés du Cher à l'Assemblée Législative par le Collège électoral réuni à BOURGES dans l'église des Carmes.

L'ETAT D'ESPRIT PENDANT LA RÉVOLUTION

L'administration communale ne donnait sans doute pas toute satisfaction aux habitants, car le 03 Août 1789, à la requête du Procureur du Roi exposant que la tenue des Marchés de la Ville se faisait mal, le Présidial de Saint-Pierre-le Moutier rendit une sentence contre le sieur DELAGOGUE, bailli de LERE, déclarant "que l'approvisionnement dudit marché ne se fait pas, que le blé manque, que les marchands fermiers y dictant des lois dures il s'est élevé une émeute populaire, que tous ces désordres proviennent de ce que Monsieur DELAGOGUE, bailli de LERE, est très âgé et infirme et sa santé ne lui permet pas très souvent de sortir de chez lui et de se trouver sur la place du Marché et que le Procureur fiscal a fait démission de son état en sorte qu'il n'y en a pas en cette position..." et enjoignant au "sieur DELAGOGUE, juge de ladite ville de LERE, de remplir exactement ses fonctions, tenir la- main à la tenue du marché, de veiller et d'avoir soin que ledit marché soit toujours suffisamment pourvu de grains pour subvenir à la subsistance des habitants, et en cas d'absence, maladie ou autre empêchement légitime dudit juge, enjoignons au plus ancien des curiaux de remplir les fonctions dudit office...".

La sentence commettait, pour remplir les fonctions de Procureur fiscal en ladite justice de LERE, le sieur Louis BAUDET, Notaire royal et Procureur de la Prévôté.

En 1790, le mouvement révolutionnaire prit à LERE une tournure décisive. La Bourgeoisie régla, dès lors, sa conduite d'après les évènements de Paris. En général, son attitude pendant le quart de siècle qui suivit laisse une impression pénible. Il semble que ces hommes furent guidés d'abord à la fois par le désir de jouer un rôle important dans la ville et par la crainte d'être accusés de modérantisme. Aussi rivalisèrent-ils d'ardeur jacobine, tout en faisant -certains, du moins- une ardente propagande contre- révolutionnaire dans les campagnes voisines. Ils ne craignirent pas non plus de se servir des circonstances pour satisfaire des rancunes personnelles. Par la suite ils ne parlèrent de Napoléon 1er qu'avec l'expression "Notre Auguste Empereur et Roi". Puis ils témoignèrent toute leur joie au retour des Bourbons sur le trône et multiplièrent les manifestations susceptibles de faire oublier leurs actes antérieurs.

Le Peuple, à part une petite minorité qui se joignit à la bourgeoisie, resta, en général, passif, craintif même. Le Clergé, au contraire, prit, dès 1790, une attitude qui, inquiète d'abord, devint bientôt hostile et le resta jusqu'au bout. Ce fut lui qui eut le plus à souffrir.

L'ETAT CIVIL

En exécution de la Loi du 20 Septembre 1792, les registres paroissiaux d'état civil cessèrent d'être tenus le 31 Octobre par le curé. Ce même jour, le dernier acte avait été celui du baptême de Pierre VATAN ayant pour parrain Pierre BRUN et pour marraine Marianne HABERT.
Le premier acte inscrit par le maire est d'un libellé assez curieux :

"Aujourd'hui, 03 Novembre 1792, est comparu par devant Nous, citoyen Etienne-François MAILLET, officier public nommé par le Conseil Général de cette Ville par délibération du premier du courant, le citoyen Pierre GALLIOT) laboureur, demeurant en cette paroisse qui nous a déclaré en présence de Jeanne THENIER épouse de Pierre CARRE, meunier, âgée de 58 ans, demeurant en cette paroisse et Magdeleine MARNIER, âgée de 21 ans, domestique de Pierre GALLIOT, que le jour d'hier, deux du courant à dix heures du soir, la citoyenne Agathe GOGUE, âgée de 36 ans, femme de Jean GALLIOT, laboureur en cette dite paroisse (à Villattes), âgé de38 ans, est accouchée en grandes douleurs d'enfant, d'un fils mâle qui a été ondoyé par ledit Pierre GALLIOT, le père absent, en présence de ladite MARNIER, a vécu une demi-heure et est mort en présence desdits GALLIOT, femme de Pierre CARRE, de ladite fille MARNIER, ce qu'ils nous ont certifié véritable en présence de Silvain (illisible), marchand en cette ville, et de François BARRE, marguillier de cette paroisse, et nous ont déclaré ne savoir signer, de ce requis".

Signé : MAILLET, Officier public

Avec cet acte s'arrêtent mes emprunts à l'Histoire de LERE d'Arsène MELLOT, laquelle -comme on a pu s'en rendre compte- reproduisait elle-même plusieurs textes datant des premières années de la Révolution.

De ces textes, j'ai "modernisé" l'orthographe, afin d'en rendre la lecture plus aisée.

Et, dans le prochain Léréen, toujours grâce à la même source, je raconterai ce qui s'est passé chez nous à partir de 1793.

Jean MELLOT
Ancien Maire-Adjoint de LERE
Membre de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Berry et
du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques
du Ministère de l'Education Nationale
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