N° 6 Janvier 1990

A LERE, IL Y A CENT ANS


L'an passé, à l'occasion des manifestations du "bicentenaire", j'avais évoqué, dans notre Léréen, les débuts de la Révolution à LERE.

En outre, je promettais d'aborder, dans le Bulletin suivant, les épisodes ultérieurs des grands bouleversements qui devaient aboutir à la création du I° Empire.

Or, j'ai l'impression que beaucoup de gens sont un peu lassés de ce sujet ; c'est pourquoi, remettant à plus tard la suite de mes propos de 1989, je vais projeter aujourd'hui quelques "flashs" sur le Léré de 1890.

Abordons d'abord l'aspect démographique de l'affaire.

Cette année-là, on enregistra, dans l'ancienne Mairie (notre actuel presbytère) 23 naissances (assorties de 3 reconnaissances),11 mariages et 27 décès.

Déjà (ce qui depuis lors a presque toujours été le cas) les décès l'emportaient donc sur les naissances. Par contre, depuis cette date, l'âge moyen du trépas a augmenté, et la mortalité infantile a diminué.

Quant aux mariés, ils avaient, en moyenne, un peu plus de 25 ans pour les hommes et de 22 pour les femmes. Tous les contrats (certains couples s'en dispensèrent) furent passés dans l'étude de Maître BILLETOU.

A titre de comparaison, remontons encore d'un siècle, et feuilletons les actes rédigés en 1790 par l'Abbé BOUILLOUX, qui tenait encore, pour peu de temps, l'État civil, alors confondu avec les registres paroissiaux. Et nous seront surpris de "tomber" presque sur les mêmes chiffres, sauf en ce qui concerne les naissances :

"Baptêmes" (dès la naissance) : 31; mariages : 10 ; "sépultures" (pas d'enterrements civils ou d'autre cultes, alors) : 26.

Proportionnellement, et contrairement à ce qu'on attendrait, pas plus, de décès d'enfants ; en outre un homme est mort nonagénaire, alors que seules, trois personnes atteindront au moins 80 ans en 1890, sans qu'aucune dépasse les 90.

Pour l'âge des mariés, pas de comparaison possible avec 1790, où il n'est pas toujours indiqué, mais se montre assez élevé, quand l'Abbé BOUILLOUX le donne (1).
En 1890, les mariés étaient unis civilement par Louis PINON, Maire, qui avait pour unique adjoint Pierre LOUAT.

Composaient également le Conseil Municipal : Jules TURPIN, Edme PARE, Augustin GAUGUET, Jules THIROT, Patient ROBERT, Émile POUMIER, "PINON-IZAMBERT", François CHAPEAU, Clément RIX, Laurent MONDET, Auguste BEDU, "RENAULT-MONDET", Agricole COQUILLAT et Patient HOUARD (2).

Or, tout ne devait pas aller pour le mieux au sein de ce Conseil, car, à plusieurs reprises, sa réunion fut déclarée "nulle", par suite du nombre insuffisant des présents, et reportée à une autre date (où l'assistance se révéla parfois aussi maigre). Il est vrai qu'une fois, on avait eu la malencontreuse idée de convoquer l'Assemblée pour le 15 Août, à une heure de l'après-midi !

Le Conseil prit pourtant un certain nombre de décisions intéressantes, votant, par exemple, un crédit de 315 Francs pour meubler la chambre de l'instituteur-adjoint.

En 1890, celui-ci s'appelait Émile CHOGNOT. Originaire des Vosges, il achèvera de s'insérer dans la population Léréenne en épousant, le 28 Août 1893 la fille du conseiller Jules TURPIN, tenancier de l'Hôtel du Lion d'Or. Cette fois, le contrat fut passé à l'Étude de Maître BUCHET.

Naturellement, il eut, parmi ses témoins, son directeur, Jean PAQUET, qui marqua si profondément des élèves comme Achille LAFORGE, Jacques MARTEL ou Arsène MELLOT...

J'ai raconté, dans PAGES D'HISTOIRE DE LERE ET DE SON CANTON, comment, en 1880, à la suite d'une visite à notre école de garçons, le Préfet, indigné de ce que Jean PAQUET supportât seul la charge de 91 (!) élèves, avait réclamé, d'urgence, la création d'un poste d'adjoint.

Mais les "lois Ferry" n'avaient pas encore été votées, et le Conseil Municipal d'alors repoussa cette création pour des raisons d'ordre financier.

Cependant, le Préfet tint bon, et, en 1881, Alexandre CORMONT vint aider Jean PAQUET. Émile CHOGNOT lui succéda ; toutefois, ce n'est donc qu'en 1890 qu'il fut convenablement meublé.

Dans PAGES D'HISTOIRE DE LERE ET DE SON CANTON, j'ai également parlé de "l'affaire du Puits de la Mission".

Celle-ci fit l'objet de la séance du 04 Novembre 1890, tenue, selon la coutume d'alors, à une heure de l'après-midi.

Il s'agissait d'un puits situé près d'une croix érigée en face de l'immeuble servant actuellement de bureau de Poste.
Afin de faciliter la circulation, elle fut transférée en 1935près de notre "vieux cimetière", puis, en 1981, au milieu du "nouveau" (3)

Et donc, nous lisons, dans le compte rendu de la réunion, sous la rubrique : "Puits de la Mission" :

"Monsieur le Maire (Louis PINON) donne connaissance au Conseil de réclamations qui lui ont été adressées par plusieurs propriétaires qui réclament contre certains propriétaires (sic) qui se sont arrogé le droit de faire des réparations à un puits qui se trouve sur le territoire de la commune, auquel beaucoup de personnes viennent puiser depuis plus de quarante ans, sans être vues, depuis cette époque, privées de leur jouissance.

"Le Conseil, considérant que les droits de la commune doivent être maintenus dans leur intégrité, prie le Maire de les faire respecter et de provoquer une réunion des intéressés dans laquelle on avisera aux mesures à prendre, le Conseil émettant l'avis, que, vu les nombreux dangers qu'offre un puits communal non clos, une pompe soit mise à sa place sous forme de borne-fontaine ; il prie donc le Maire de faire toute diligence pour éviter le danger du puits actuel et donner, en mettant une pompe, un peu d'ornement (sic) à ce quartier, ladite pompe, bien organisée, pouvant, d'ailleurs rendre de grands services en cas d'incendie, en attendant les secours."

Le Maire s'acquitta diligemment de sa mission, et, dans le compte rendu de la séance du 16 Février 1891, on lira :

"Le Conseil Municipal, sur le rapport de Messieurs les Agents Voyers, relatif au "Puits de la Mission" situé au centre de la ville, à l'intersection des chemins n° 9 et 56, considérant que ce rapport donne satisfaction à la demande de la délibération du 14 (sic) Novembre dernier, pour une pompe borne-fontaine, laquelle sera installée au pied du Calvaire, conformément au plan présenté ; puis, la Commune ne pouvant faire face aux frais d'installation de ladite pompe (4), le Conseil laisse ces frais à la charge des intéressés.

"En outre, le Puits de la Mission présentant actuellement, comme il vient d'être dit, de sérieux dangers à cause de sa maçonnerie qui croule, le Conseil espère qu'il sera possible à l'Administration de faire hâter la pose de la pompe demandée" (5).



En cette fin de XIXe siècle sévissait le redoutable phylloxéra, dont le souvenir fait encore frémir les familles de vignerons et contre lequel' on pria si ardemment Saint Vincent, tout en utilisant, pour lutter contre le fléau, des procédés plus matériels. Le Préfet du Cher consulta les représentants de chaque commune concernée à propos de l'introduction, sur son territoire, de cépages américains. Et, dans sa séance du 04 Novembre 1890, déjà citée à propos du "Puits de la Mission", le Conseil Municipal de Léré, volontiers porté aux votes négatifs, s'éleva contre cette introduction.
Nos vignerons étaient donc, à cette époque, dans une situation peu enviable, mais les cultivateurs n'étaient guère mieux lotis, quand il s'agissait de soigner une bête malade ou accouchant difficilement.

En effet, le Bulletin officiel de la Préfecture du Cher de 1890, dans la liste des vétérinaires, n'en indique que cinq pour l'arrondissement de Sancerre, et tous assez éloignés de Léré, puisqu'ils résidaient respectivement à Concressault, Henrichemont, Sancergues, Sancerre et Vailly, d'où ils se rendaient à cheval chez leurs clients... quand la distance le permettait.

Il fallait donc s'adresser à Cosne, où l'on ne pouvait suffire à tout...

Il est vrai que, par esprit d'économie ou par pauvreté véritable, on hésitait parfois à faire venir le vétérinaire ... ou même le médecin. Et certains préféraient s'adresser au célèbre "persigneux" Henri BLANCHET, le "Bon Dieu de Santranges", pour les bêtes comme pour les humains !

... Au début de cet article, j'ai parlé de démographie, évoquant les chiffres de 1890, puis, comparativement, ceux de 1790.

Souhaitons que mon successeur, dans le Léréen de 2090, puisse écrire : "1990, ce fut une année merveilleuse, où il y eut énormément de naissances et de mariages, et très, très peu de décès."

Jean MELLOT
Membre de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Berry, et du Comité des Travaux Historiques
et Scientifiques du Ministère de l'Éducation Nationale


(1) L'Abbé BOUILLOUX, dernier curé de Léré avant la Terreur, tint les registres paroissiaux d'État civil jusqu'au 20 Septembre 1792. Il devait ensuite connaître un sort tragique, comme l'a raconté Arsène MELLOT dans l'HISTOIRE DE LERE.
En 1790, bien que la Révolution eût déjà commencé, on trouve, dans son registre, la mention de baptêmes, mariages et sépultures de gens encore représentatifs de la Société de l'Ancien Régime.
A ces cérémonies participaient des Chanoines de notre Chapitre, qui allait bientôt disparaître.

(2) Plusieurs de ces conseillers avaient déjà été ou deviendraient (pour certains, redeviendraient) maires. Auparavant, en tant que maire de chef-lieu de canton, Patient HOUARD avait représenté officiellement Léré dans la Capitale, aux cérémonies du premier centenaire de la Révolution.
(3) En 1890 également, le Conseil Municipal vota l'agrandissement de ce qu'on n'appellera qu'en 1974 le "vieux" cimetière, l'occasion de la mise en service du "nouveau".

(4) Toujours le (légitime) souci de ménager les deniers communaux !

(5) Les "vieux Léréens" (comme c'est mon cas) se souviennent certainement de cette pompe, qui, avant l'installation de "l'eau de la Ville", rendit bien des services. Une carte postale largement répandue montrait des gens munis d'un seau venus s'y "ravitailler". 

Histoire de Léré, rue de la Croix de Mission
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