N° 7 Mars 1991

Un enseignement à la mode d'autrefois...



Avec à l'autorisation de Mme Jean Mellot, nous avons pris un texte du livre écrit par son mari « pages d'histoires de Léré et son canton ».

Un enseignement à la mode d'autrefois...

Avant la Révolution, Léré était gâté sur le plan de l'enseignement. Non seulement, en effet, les chanoines de la Collégiale assuraient eux-mêmes des cours de latin, de philosophie et de théologie, destinés au recrutement de leurs futurs confrères, mais ils faisaient fonctionner, avec l'aide de maîtres laïques des classes primaires gratuites. En outre, ils s'intéressaient à la formation professionnelle des nombreux artisans, si réputés dans notre région.
Après leur départ règne un certain mystère. Toutefois, en l'an XII, figure, comme témoin, dans un acte d'état civil, Jean-Gabriel Godet, instituteur (et plus tard) secrétaire de mairie à Léré. Il y mourra en 1818, né, apprendrons- nous, à Caen, en 1762.
Ni pour le XIXe ni pour le XXe siècle, nous ne dresserons ici la liste complète de ses successeurs, mais nous nous attacherons à quelques points pittoresques de cette histoire de l'enseignement. Adressons cependant, au passage, un souvenir spécial à la mémoire de Jean Bouchard, mort le 4 août 1823, à 26 ans, et qui semblait doué d'une forte personnalité.
Sans doute ne fut-il pas remplacé immédiatement, puisque le 8 mai 1830, le conseil municipal, docile aux récentes instructions royales, déclare « indispensable l'existence d'une école primaire à Léré ». On vote donc l'« établissement » (sic) de cette école, en essayant de trouver, en plus de l'appui du Conseil général, des moyens financiers permettant l'acquisition et l'entretien de la maison, le traitement du maître et la scolarisation gratuite de quatre jeunes indigents. Quant aux autres élèves, ils verseront mensuellement : a) 1 F pour ceux qui apprendront l'alphabet et qui liront dans le ba, be, bi, bo, bu ; b) 1,25 F pour ceux qui épèleront ; c) 1,50 F pour ceux qui liront sans épeler et apprendront les premiers principes de la grammaire française ; d) 2 F pour ceux qui apprendront en outre le calcul, la géographie, le français, l'écriture.
Naturellement, jusqu'au temps de l'établissement de la gratuite, les tarifs changèrent à plusieurs reprises, en ce qui concernait aussi bien les prix que les modes de versement. Mais le chauffage de la salle de classe demeura toujours à la charge des familles, par roulement.
Cependant, pour fonctionner convenablement, une école a besoin de matériel. Et, à la suite de la visite de l'Inspecteur primaire... du 13 février 1855 (!), qui avait trouvé « déplorable » l'état du mobilier, l'instituteur demandait qu'on acquît d'urgence : « huit tables avec leurs bancs, ne formant chacune qu'un seul corps de menuiserie de 4,50 m de long sur 0,40 m de large à 25 F pièce ; deux tableaux noirs d'un m2 à 6 F l'un ; une collection de tableaux de lecture (10 F) ; des cartes de géographie et une mappemonde (20 F au total) ; un poêle avec ses tuyaux (60 F) ; un crucifix (2) (5 F) ; une collection de livres pour les indigents.
Or, le conseil municipal n'a jamais été très dépensier, et l'on lira, dans le compte-rendu de sa séance du 8 mai 1880: « Monsieur le Préfet, dans sa visite de l'école de garçons, a reconnu, dans sa sollicitude pour les enfants et pour le maître, qu'un adjoint est indispensable à M. Pâquet en raison des 91 (sic) élèves qu'il a. Le conseil reconnait l'urgence de la création du poste... Mais, en raison du manque de ressources... ajourne à l'année prochaine la création du poste de maître-adjoint... La commune se plaît à faire connaître ici que M. Pâquet, qui s'est efforcé à faire place à toutes les exigences d'une bonne direction, continuera certainement son travail avec le même dévouement
»
Toutefois, le Préfet tint bon, et en 1881, Alexandre Cormont devenait le premier adjoint de Monsieur Pâquet.
De ce Monsieur Pâques qui « marqua » si profondément un Jacques Martel, un Arsène Mellot, nous reparlerons bientôt. En attendant, occupons-nous d'un de ses prédécesseurs, Pierre-Jacques Langumier, déjà rencontré, au début du livre, à propos de son élection comme « capitaine en premier de la garde nationale », le 28 mai 1848.
En 1830, le conseil municipal avait donc décidé la réouverture de l'école, mais il manquait un instituteur. Après maintes recherches, on eut l'idée de solliciter le retour au pays d'un certain Charles-Etienne Langumier, parti enseigner près de Montmorency.
Celui-ci accepta d'abord, puis, pour d'obscurs motifs, refusa, mais en suggérant la candidature de son jeune frère, Pierre-Jacques, âgé de 21 ans, clerc de notaire dans notre cité.
Catastrophe ! Pierre-Jacques devait beaucoup écrire... sans toutefois posséder le brevet de capacité à l'enseignement primaire. Il alla donc (avec l'agrément du recteur) le préparer « à toute vitesse » à l'école normale de Bourges, fut nommé stagiaire, puis titularisé.
En dehors de son rôle au sein de la garde nationale, il participa activement à la vie de notre ville, où, en 1834, en l'absence du maire, l'adjoint Romillat l'unit à une compatriote. Et c'est lui qui, à la suite de la visite de l'inspecteur, présenta la fameuse demande de matériel.
Mais les choses allaient se gâter. On lit, avec peine, dans le registre des comptes-rendus des séances du conseil municipal, à la date du 15 novembre 1860 : « Quelques conseillers exposent que l'école primaire
de Léré, dirigée par M. Langumier, est dans un état de souffrance qui ne peut se tolérer plus longtemps : M. Langumier est paralysé depuis deux ans et ne peut plus du tout s'occuper de son école; tous les jours, les pères de famille font des réclamations à ce sujet.
Le conseil, consulté, dit qu'en effet, la position de M. Langumier ne lui permet plus de s'occuper de son école ; qu'il prie M. le préfet de vouloir bien nommer à l'école primaire de Léré un maître-adjoint, ou d'admettre M. Langumier à faire valoir ses droits à la retraite
».
Le préfet (qui faisait alors lui-même les nominations, avec et parfois sans l'accord de l'inspecteur d'académie) envoya le suppléant Sougy. Quant à Pierre-Jacques Langumier, il s'éteignit le 13 février 1861, et repose au vieux cimetière de Léré, où son épitaphe rappelle (qui s'en souviendrait, sans cela ?) qu'il fut instituteur public.
Dans la liste des successeurs de Pierre-Jacques Langumier, saluons, au passage, M. Pierre, dont l'attention se portait, de façon très remarquée, sur l'enseignement du chant et qui était venu de Saint-Florent à Léré, en 867, à la suite d'une permutation avec son collègue Harrault. Mais arrivons-en vite à ce Jean Pâquet, si bon pédagogue qu'il figurera, pendant un certain temps, parmi les trois seuls anciens instituteurs du département aya obtenu l'honorariat.
Né et en fonctions à Arçay (Cher), il épousa, dans notre commune, le 12 avril 1867, Solange Manceau une collègue, et le couple reçut sa nomination pour Crézancy. Là, naquirent leurs enfants : Jeanne-Marie, en 1868, puis Jean-Émile, en 1872. Dès que possible, en 1875, Jean Pâquet, vint à Léré où sa femme cessa ses cours, afin de s'occuper de ses enfants et pour d'autres raisons que nous verrons plus loin.
Hélas ! la vie familiale de cet homme si respectable fut malheureuse, car Jeanne-Marie décéda dès 1883, et sa mère, en 1888. Quant au fils, devenu membre important de l'ordre des trappistes, il tomberait, dès le début de guerre de 1914, sous l'uniforme du capitaine d'artillerie.
Remarié à Marie Guillaume, son père l'avait précédé dans l'au-delà depuis dix ans. La maison où il s'était retiré sur la place, servit alors de bureau de postes jusqu'à la construction de l'établissement actuel.
Signalons enfin qu'au cours du XIXe siècle, plusieurs hommes de Léré (un Bedu, un Chapeau) donnèrent des leçons particulières avec le titre « d'instituteurs libres » et parfois avant d'entrer dans l'enseignement public.
Voilà pour les garçons, pensera-t-on peut-être, mais, des filles, la commune ne s'est donc pas préoccupée ? Bien sûr que si ; néanmoins, de cette question, l'histoire est compliquée et assez mal connue.
De 1846 à 1848, plusieurs des « demoiselles Manceau » accueillirent des écolières dans leur propre maison avec, de façon irrégulière, l'aide de la ville. Cette aide était même complètement acquise quand, le 15 avril 1868, Ursule Manceau épousa Claude Maillet, instituteur à Savigny-en-Septaine, qu'elle allait suivre là-bas. Plus aucune de ses sœurs n'étant disponible pour la remplacer, l'administration proposa une demoiselle Mayet (sic) qui, finalement ne vint pas.
Quelques mois se passèrent dans l'incertitude. Or, au même moment, des religieuses de la Congrégation de Marie-Immaculée ouvrirent une école libre, cequi résolut le problème... officieusement. En 1881, en pleine période de laïcisation, le conseil résolut même de transformer les « sœurs en institutrices communales, et elles le resteraient jusqu'en 1902, (la plu âgée de leurs anciennes élèves vient de mourir, presque centenaire).
Mais, en « haut lieu », on faisait pression périodiquement pour que cessât cette situation anormale, cependant que le conseil, avec une ténacité toute berrichonne, tenait bon.
Finalement, à la suite du vote de la loi interdisant l'enseignement aux congrégations, il fallut céder. L'école « de sœurs » redevint « libre » sous l'énergique direction d'une religieuse en civil, Mlle Pauline Raoux, plusieurs fois cité dans ce livre. Mais se posa le problème d'abriter l'école laïque.
Après divers tâtonnements on l'installa - pour longtemps -dans les locaux occupés par les garçons, la commune acquérant, pour ces derniers, l'immeuble Chapeau.
... Pour le premier quart du XXe siècle, période délicate où à différents niveaux ne régna pas toujours la paix scolaire, nous citerons seulement deux noms de maîtres, bien différents à certains égards, mais également dévoués, efficaces et profondément respectés. Au moins sexagénaires maintenant, leurs anciens élèves continuent à parler d'eux avec vénération.
L'instituteur s'appelait Auguste Augy, et sa collègue, Élise Bonnot.
La forme d'enseignement dispensée autrefois par les chanoines et évoquée au début de ce chapitre, pourrait, dans une certaine mesure, être qualifiée de « secondaire ». Aussi, avant de terminer, confierons-nous à nos lecteurs l'émotion avec laquelle nous avons contemplé un dossier envoyé, le 25 novembre 1869, au maire de l'administration universitaire et contenant le diplôme de bachelier ès lettres obtenu, devant la faculté des lettres de Clermont-Ferrand, par le fils du juge de paix, Paul Deguingand. Le « parchemin » avait disparu, mais subsistait la reconnaissance, par l'heureux candidat, « d'avoir reçu le diplôme aujourd'hui 29 novembre 1869, des mains de Monsieur le Maire, après l'apposition que j'y ai faite de ma signature en sa présence ».

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